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Chronique santé
Les questions et réponses de cette chronique ont été
tirées des numéros antérieurs de la revue SVB.
Toutes les informations contenues dans cette section sont vérifiées
et actualisées périodiquement par le Dr Michel Ruel du Centre
hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), pavillon CHUL.
L'intérêt de cette chronique réside dans le fait qu'elle
répond aux questions que les patients fibro-kystiques adressent
le plus fréquemment à leur médecin spécialiste
en fibrose kystique. En cliquant sur le sujet de votre choix, vous aurez
accès aux questions et réponses en rapport avec le thème
sélectionné.
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SYMPTÔMES
Anémie et fibrose kystique
Artériosclérose et maladies cardiaques
Arythmie et tachycardie
Candida
albicans
CO2 et débit doxygène
Diabète et fibrose kystique
Extinction de voix
Fièvre
Hémoptysies
Hippocratisme digital
Hypertrophie du coeur et fibrose kystique
Intolérance au sucre
Mauvaise haleine
Rate hypertrophiée
Reflux gastro-sophagien
Retard de croissance
Pancréatites
Pneumothorax
Polypes nasaux et odorat
Pseudomonas
multirésistant
Sinusite aigüe
Soif
TRAITEMENTS
Antibiotiques
Antibiotiques et bactéries multirésistantes
Antibiotiques et durée des traitements
Antibiotiques, flore intestinale et probiotiques
Antibiotiques intraveineux et exposition au soleil
Antibiotiques : lait et alcool
Antibiotiques et vitamines
Cipro® et entraînement
Tobi®
Anticorps monoclonaux
Cathéter long périphérique
P.A.S. Port et Port-O-Cath
Corticostéroïdes
: action et effets indésirables
Cortisol
Cyclosporine : actions et effets indésirables
Désensibilisation
Enzymes pancréatiques
Ibuprofène
Ibuprofène et cicatrisation
Méthadone
Oméga-3
Oxygénothérapie
Poids et gavage
Pulmozyme®
Sirop contre la toux
Super
anti-inflammatoires (Vioxx®, Celebrex® et BextraMD)
Tamiflu®
Traitements en aérosols
Ventolin® : conservation
Vitamine E et fibrose kystique
TRANSPLANTATION
Greffe du pancréas
Pamplemousse
Transplantation et problèmes rénaux
Grossesse et transplantation pulmonaire
Groupes sanguins
SEXUALITÉ
Sperme
Vaginite
Ventolin® : relation sexuelle et exercice
ViagraMD
PATERNITÉ, MATERNITÉ
Fertilité masculine
Infertilité masculine
VIE SOCIALE
Contamination
GÉNÉRAL
Acné
et Accutane®
Âge médian de survie
Assurance médicale à l'étranger
Clostridium
difficile
Combinaison de gènes et espérance de vie
Dents jaunes
Don de sang
Ecstasy
Épilation
Gaz artériel
Maladies infantiles (variole, rougeole, rubéole, oreillons, etc.)
Mucoviscidose ou fibrose kystique du pancréas ?
Phases de recherche
Plantes d'intérieur
SARM/SAMR
Sports à éviter
Vaccin antipneumococcique
Vaccins antiviraux
Vaccin contre la grippe
Vaccins et voyage
Valeur prédite
Virus du donneur
Oméga-3
Depuis un certain temps, je ne cesse d'entendre
parler des bienfaits des aliments riches en oméga-3. De quoi s'agit-il
exactement? Comment se fait-il qu'on découvre soudainement leurs mérites?
Croyez-vous que les aliments riches en oméga-3 soient bénéfiques pour
les personnes atteintes de fibrose kystique?
Les acides gras sont des molécules de forme allongée qui fournissent l'énergie aux cellules de l'organisme. Pour faire des réserves d'énergie, l'organisme combine les acides gras en groupes de trois, de manière à former de plus grosses molécules, nommées triglycérides. Le corps peut fabriquer certains acides gras, mais d'autres doivent être fournis par l'alimentation. Les acides gras saturés sont présents dans le gras animal, alors que les acides gras insaturés se retrouvent généralement dans les noix et les graines. Les oméga-3 en question sont des acides gras polyinsaturés à longue chaîne. On les retrouve surtout dans les poissons et les huiles de poisson, mais ils sont également offerts sous forme de capsules.
L'intérêt principal de ce type d'acide gras réside dans le fait qu'il offre une protection sur le plan cardiovasculaire. On avait remarqué que les Inuits du Groenland souffraient peu de maladies cardiovasculaires, et ce, malgré des taux de mauvais cholestérol comparables à ceux de la population du Danemark, plus affectée par ce type de maladie. On croit que l'alimentation des Inuits, constituée d'une quantité plus importante de poissons, et par conséquent d'oméga-3, est responsable de cette différence. Les mécanismes cardioprotecteurs impliqués seraient entre autres une baisse des triglycérides combinée à une élévation du bon cholestérol, une protection contre la formation de caillots dans les vaisseaux et un effet inhibiteur direct sur l'inflammation des vaisseaux favorisant l'artériosclérose.
Par ailleurs, la maladie cardiovasculaire n'est généralement pas un problème chez les personnes fibro-kystiques. Toutefois, celles qui sont également diabétiques risquent de développer l'artériosclérose, un problème à l'origine des maladies cardiovasculaires. La population fibro-kystique greffée pourrait aussi être plus sujette à l'artériosclérose, en raison cette fois du traitement antirejet. En effet, certains médicaments antirejet (particulièrement la cortisone) peuvent favoriser l'hypertension artérielle ou le diabète, deux conditions favorisant l'artériosclérose. Une alimentation riche en oméga-3 pourrait donc être bénéfique pour ces sous-populations. Pour les autres toutefois, il n'existe à ce jour aucune preuve quant aux véritables effets bénéfiques des aliments riches en oméga-3.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2005, no 29, page 37
Acné et Accutane®
J'ai un problème d'acné que je qualifie d'important. Je pense sérieusement à prendre de l'Accutane® même si on ne m'en dit pas que du bien. Pourriez-vous me dire comment agit ce médicament sur le corps en général et sur l'acné en particulier? Est-il possible qu'il assèche les sécrétions des poumons? Voyez-vous des dangers à ce qu'une personne atteinte de fibrose kystique utilise ce médicament?
L'Accutane® (isotrétinoïne) est un dérivé de la vitamine A.
Son mécanisme d'action dans le traitement de l'acné n'a pas encore été
élucidé. On sait toutefois que l'amélioration de l'acné s'accompagne d'une
diminution de la sécrétion du sébum. Cette réduction dépend de la dose
administrée ou de la durée du traitement et indique une diminution de
la taille des glandes sébacées (qui sécrètent le sébum). Le médicament
est reconnu pour entraîner une sécheresse de la peau ainsi que des muqueuses
du nez et de la bouche. Il peut aussi provoquer des éruptions cutanées
et des démangeaisons. Bien que peu signalée, la sécheresse des muqueuses
bronchiques demeure également possible. L'Accutane® a été associé
à quelques rares cas de bronchospasmes, mais n'est pas contre-indiqué
pour les personnes atteintes de fibrose kystique. Toutefois, il est réservé
aux cas graves d'acné ne répondant pas aux traitements traditionnels de
première ligne, et ce, en raison des effets indésirables qu'il entraîne.
Parmi ceux-ci, on note une perturbation possible des gras et du sucre
dans le sang ainsi qu'un effet tératogène (qui peut provoquer des malformations
congénitales de l'embryon). Ce dernier effet indésirable contraint d'ailleurs
les femmes qui consomment ce médicament à utiliser un moyen de contraception
sûr pour éviter une grossesse pendant le traitement.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2005, no 28, page 44
SARM/SAMR
Je viens d'apprendre que je suis infectée par le SARM. La nouvelle semble affecter davantage mon conjoint qu'elle ne m'affecte moi. En fait, il a peur de l'attraper et d'en subir les conséquences un jour ou l'autre. Pourriez-vous nous aider, mon conjoint et moi, à mieux comprendre ce qu'est le SARM et à situer son degré de dangerosité, tant pour une personne malade que pour une personne en santé?
Au cours des dernières années, les bactéries sont devenues de plus en
plus résistantes à plusieurs antibiotiques. C'est le cas du staphylocoque
doré (Staphylococcus aureus) dont certaines souches sont devenues
résistantes à la méthicilline, un antibiotique très proche de la cloxacilline.
SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline) a d'abord
envahi les hôpitaux montréalais pour s'étendre progressivement dans les
autres hôpitaux du Québec; il se répand maintenant en milieu extrahospitalier.
Cette bactérie n'est toutefois ni virulente ni agressive pour les personnes
en bonne santé. En effet, bien que ces individus puissent devenir porteurs
de SARM s'ils sont en contact avec des malades infectés par cette bactérie,
il faut savoir que l'état de porteur (habituellement dans les muqueuses
nasales) n'entraîne pas de maladie chez la personne en santé et n'est
pas nécessairement permanent. La situation diffère cependant pour les
malades ayant subi une chirurgie et dont la plaie serait contaminée par
le SARM. L'infection qui surviendra alors sera plus difficile à éliminer
en raison de la résistance aux antibiotiques courants. La guérison demeure
toutefois possible, si le patient est traité avec des antibiotiques efficaces
contre cette bactérie. Même si SARM résiste à plusieurs médicaments
et qu'on lui a attribué le nom de " super bactérie ", il reste encore
des antibiotiques qui peuvent le combattre.
Dans la population fibro-kystique, il est difficile de juger de l'importance
du problème de l'infection des bronches par SARM. Certains patients ne
sont infectés que de façon transitoire alors que d'autres semblent être
aux prises avec une infection chronique. Il n'est pas clair que SARM soit
plus virulent et agressif que Staphylococcus aureus sensible
à la méthicilline, mais cet aspect reste encore à préciser. D'autre part,
lorsqu'il y a coinfection SARM et Pseudomonas aeruginosa ou Burkholderia
cepacia, il semble bien que ce soient ces deux dernières bactéries
qui soient les principales en cause dans le déclenchement de maladies
et la détérioration de l'état de santé.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2005, no 28, page 44
Vaccin antipneumococcique
L'automne dernier, j'ai demandé à mon médecin de me prescrire le vaccin antipneumococcique. Pour des raisons que je n'ai pas trop bien comprises, il m'a indiqué que ce vaccin n'était pas vraiment approprié pour les personnes atteintes de fibrose kystique. Pouvez-vous m'expliquer pourquoi? À qui ce vaccin est-il destiné?
Le vaccin en question est efficace pour diminuer sensiblement l'incidence
des pneumonies ou autres infections causées par le pneumocoque. Il faut
savoir que cette bactérie est responsable de la grande majorité des pneumonies
dans la population générale. Ce vaccin est destiné notamment aux personnes
atteintes de maladie chronique, ainsi qu'à celles dont le système immunitaire
est faible. Toutefois, chez les adultes atteints de fibrose kystique,
les bronches sont chroniquement infectées - dans 70 % des cas - par Pseudomonas
aeruginosa. Ainsi, dans cette population, le pneumocoque est très
peu retrouvé comme agent causal des pneumonies.
Il n'en demeure pas moins que chez les adultes ayant une atteinte pulmonaire
légère et n'étant pas infectés par Pseudomonas aeruginosa, je
recommande le vaccin antipneumococcique. Ses effets indésirables sont
rares, et la durée de son efficacité est estimée à sept ans, à
la différence du vaccin antigrippal qui doit être donné annuellement.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2005, no 28, page 45
Virus du donneur
Je viens tout juste de subir une transplantation pulmonaire. Je suis en grande forme et compte bien le demeurer. Lors de mes visites à la clinique, j'entends souvent parler du " virus du donneur ". J'aimerais en savoir plus sur ce virus. D'où vient-il exactement? Est-ce qu'il peut se transmettre d'une personne à l'autre? Comment se manifeste-t-il? Comment peut-on l'éradiquer?
De nombreux virus peuvent être transmis lors d'une transplantation de
poumons ou d'un autre organe. En théorie, le VIH (virus du SIDA) et les
virus des hépatites B et C pourraient être transmis du donneur au receveur,
mais, en pratique, on s'assure d'abord de l'absence de ces virus chez
le donneur. Leur présence constitue une contre-indication au don d'organe.
Le virus auquel vous faites référence est probablement le cytomégalovirus
(CMV). Il s'agit d'un virus très contagieux et très courant; environ le
tiers de la population aura contracté ce virus au cours de sa vie. La
plupart du temps, l'infection initiale n'est pas très sévère, bien qu'elle
puisse parfois ressembler à une mononucléose. Même si les symptômes disparaissent
assez rapidement, le virus peut toutefois demeurer en quantité infime
dans l'organisme; il est alors maîtrisé par les défenses immunitaires
et ne cause aucun problème.
Lors d'une greffe toutefois, le cytomégalovirus
peut rendre le receveur gravement malade, surtout si celui-ci n'a jamais
été infecté par ce virus. Comme ses défenses se trouvent affaiblies par
le traitement immunosuppresseur qu'il doit prendre pour éviter le rejet
de l'organe transplanté, le receveur se trouve alors plus vulnérable face
au cytomégalovirus. Chez les personnes greffées, le cytomégalovirus
peut prendre la forme d'une pneumonie, d'une hépatite ou d'une fièvre
d'origine inconnue. L'infection primaire est très grave et survient lorsque
le receveur d'organe est exposé au cytomégalovirus pour la première
fois. L'infection secondaire peut aussi être très sérieuse, car elle provoque
la réactivation du virus chez le receveur qui avait déjà été exposé au
cytomégalovirus par le passé. On utilise alors des antibiotiques
antiviraux pour maîtriser l'infection.
Ces antiviraux sont très efficaces
et jouent un rôle de premier plan dans la prévention d'une infection au
cytomégalovirus chez les receveurs d'organe.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2005, no 29, page 36
Clostridium difficile
Les médias parlent souvent de Clostridium difficile.
Je crois comprendre que cette bactérie est dangereuse et qu'elle est très
présente dans les hôpitaux du Québec. En quoi cette bactérie se distingue-t-elle
d'autres bactéries? Comment se fait-il qu'on en parle tant? Est-ce que
la population atteinte de fibrose kystique doit craindre particulièrement
cette bactérie? Comment peut-on réduire les risques de la contracter?
Clostridium difficile communément appelé C. difficile
est en effet une bactérie dont on entend abondamment parler. Vers 1978,
il a été reconnu qu'elle pouvait causer certaines diarrhées post-traitement
chez les personnes ayant suivi une antibiothérapie. On a alors démontré
que l'inflammation intestinale et la diarrhée avaient un lien avec les
toxines produites par cette bactérie. Il ne s'agit donc pas d'un problème
récent. Ce qui s'avère plus nouveau toutefois, c'est l'augmentation du
nombre de ces affections et de leur sévérité. On retrouve Clostridium
difficile dans le gros intestin de 3 à 5 % de la population normale.
Une hypothèse antérieure soutenait que l'antibiothérapie modifiait la
flore intestinale, permettant ainsi à Clostridium difficile de
croître et de produire des toxines entraînant la diarrhée. Ceci est vraisemblable
pour les colites acquises en dehors de l'hôpital. Toutefois, l'hypothèse
actuelle veut que les personnes qui séjournent à l'hôpital soient d'abord
colonisées par la souche bactérienne hospitalière et qu'à la suite d'une
antibiothérapie à l'hôpital, cette souche hospitalière - qui est potentiellement
plus virulente que les autres souches extra-hospitalières - produise des
toxines.
Il est assez étonnant que les colites à Clostridium difficile
ne soient pas plus fréquentes chez les personnes atteintes de fibrose
kystique, qui prennent énormément d'antibiotiques. Cette population n'est
toutefois pas à l'abri d'infections même sévères, particulièrement lorsqu'elle
doit recevoir des antibiotiques à l'hôpital. Afin de prévenir ces infections,
le personnel des hôpitaux doit utiliser des techniques d'isolement pour
les gens infectés à Clostridium difficile et demeurer extrêmement
vigilant quant au lavage des mains et au port des gants et des blouses.
Par ailleurs, il va de soi que le fait d'être traité par antibiothérapie
intraveineuse à domicile réduit le risque de subir les désagréments entraînés
par Clostridium difficile.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2006, no 30, page 37
Pseudomonas multirésistant
Dans le centre hospitalier où je suis suivi, les
patients qui ont le SAMR sont isolés. Comment expliquez-vous que les patients
qui ont le Pseudomonas multirésistant ne le soient pas également?
Étant donné que le SAMR et le Pseudomonas multirésistant ne sont pas sensibles
aux antibiotiques ou ne le sont que très peu, ne constituent-ils pas tous
les deux des dangers pour les autres patients?
Dans tous les centres hospitaliers, les patients que l'on sait porteurs
de SARM sont isolés. La principale raison qui sous-tend cette façon de
faire est que cette bactérie se transmet facilement d'une personne à une
autre, sans pour autant donner des affections avec symptômes. Il s'agit
donc d'une bactérie qui peut se disséminer assez sournoisement. Comme
son nom l'indique, Staphylococcus Aureus
Résistant à la Méthicilline, c'est une
bactérie qui résiste aux antibiotiques utilisés conventionnellement pour
traiter Staphylococcus aureus, ce qui complique son traitement. De plus
en plus de patients fibro-kystiques sont infectés au plan pulmonaire -
et souvent de façon chronique - par cette bactérie. Elle semble toutefois
moins virulente que Burlkolderia cepacia et Pseudomonas aeruginosa.
Pseudomonas aeruginosa multirésistant est aussi passablement
résistant aux antibiotiques anti-Pseudomonas conventionnels,
mais son degré de contagiosité est moindre que celui de SARM, chez la
population en général. Toutefois, il peut facilement être transmis d'un
patient fibro-kystique à un autre. Par conséquent, l'isolement doit se
faire principalement par rapport aux autres patients fibro-kystiques.
Il est évident qu'un patient fibro-kystique porteur de Pseudomonas
multirésistant ne devrait pas voisiner un autre patient dont les défenses
immunitaires sont réduites ou qui a une plaie ouverte. Dans un monde idéal,
toutes les chambres d'hôpital seraient privées, ce qui faciliterait les
techniques d'isolement. C'est d'ailleurs le cas dans certains hôpitaux
américains et il semble que c'est ce qu'on s'apprêterait à faire au nouveau
Centre hospitalier universitaire de Montréal.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2006, no 30, page 37
Candida albicans
J'ai une infection à Candida albicans qui
semble en bonne voie de guérison. Depuis que j'ai ce problème de santé,
je suis habitée par la crainte d'être désormais infertile. Y a-t-il une
façon de vérifier si le champignon a affecté mes trompes au point de me
rendre infertile? Au fait, comment contracte-t-on ce type de champignon?
Est-il vrai qu'il peut affecter les organes autres que reproducteurs?
D'après vous, quel est le meilleur médicament pour se libérer rapidement
de ce type d'infection? Est-ce que ce problème tend à être récurrent?
Sur le plan gynécologique, l'infection à Candida albicans ne
touche que la vulve et le vagin. L'utérus, les trompes et les ovaires
ne sont pas touchés par ces champignons. Ainsi, il n'y a pas de crainte
de devenir infertile à la suite d'une infection à Candida.
Candida albicans est un champignon que l'on peut retrouver en
petite quantité sur la peau et les muqueuses, en compagnie d'un petit
nombre de bactéries. Toute cette population microbienne coexiste sans
occasionner de problème de santé. Lors d'un traitement aux antibiotiques
antibactériens, situation fréquente chez les personnes atteintes de fibrose
kystique, la flore bactérienne s'appauvrit au profit de la croissance
de champignons comme Candida albicans. Cela crée une réaction
inflammatoire locale au niveau de la vulve et du vagin entraînant rougeurs,
inconfort, prurit et écoulement. Les infections à Candida peuvent
également se retrouver chez les hommes sur le gland du pénis. L'arrêt
de l'antibiotique avec ou sans adjonction d'un antibiotique antifongique,
entraîne une guérison rapide. D'autre part, la prise de cortisone favorise
également ce type d'infections. Elles peuvent toucher les plis cutanés
où siège l'humidité (aines, région sous les seins). On peut finalement
les retrouver dans la bouche et le pharynx, parfois jusqu'à l'œsophage.
La localisation du problème déterminera le traitement à utiliser. Ainsi,
il est possible d'utiliser des antibiotiques antifongiques de façon locale
(crème, onguent, suppositoires vaginaux) ou de façon systémique par voie
orale avec des comprimés ou une suspension orale ou par voie intraveineuse.
Il peut arriver que la vaginite à Candida survienne systématiquement
après la prise d'antibiotiques. Dans ce cas, le médecin peut prescrire
un antibiotique antifongique en même temps qu'un antibiotique antifbactérien,
à titre préventif.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2006, no 30, page 38
Maladies infantiles (variole, rougeole, rubéole, oreillons, etc.)
Le mois dernier, ma nièce qui habite avec nous chez mes parents a contracté la varicelle. J'ai vraiment paniqué à l'idée qu'elle me transmette sa maladie. Trouvez-vous que j'étais justifiée d'avoir peur? Les personnes atteintes de fibrose kystique sont-elles plus sujettes que les autres à contracter ce type de virus? Est-ce encore plus dangereux pour les greffés pulmonaires? Est-ce que certaines maladies infantiles (variole, rougeole, rubéole, oreillons, varicelle) doivent être considérées plus menaçantes que d'autres? Enfin, avez-vous des recommandations à faire aux personnes atteintes de fibrose kystique afin qu'elles s'en prémunissent?
La plupart des adultes ont déjà contracté la varicelle dans l'enfance. Or, ceux qui l'ont déjà eue ne peuvent l'avoir une seconde fois. Il faut toutefois savoir que le zona est une maladie causée par le même virus qui envahit l'organisme lors de la varicelle et que celui-ci demeure dans les racines nerveuses, confiné par le système immunitaire. Lorsque le système immunitaire est faible, il peut arriver que le virus s'évade le long du nerf jusqu'à la peau et cause un zona.
La minorité des adultes qui n'a jamais eu la varicelle demeure à risque
de la contracter lors d'un contact avec une personne porteuse du virus
de la varicelle ou du zona. Les personnes atteintes de fibrose kystique
ne sont pas plus sujettes à contracter la maladie que la population en
générale car leur système immunitaire est bon. Toutefois
tous les adultes (atteints de fibrose kystique ou non) qui contractent
la varicelle vivent généralement la maladie assez sévèrement et peuvent
même faire une pneumonie causée par ce virus. Un patient atteint de fibrose
kystique dont l'atteinte pulmonaire est importante risque d'être assez
malade s'il fait une pneumonie causée par le virus de la varicelle. Un
greffé pulmonaire qui n'a jamais eu la varicelle et qui la contracte risque
de vivre la maladie encore plus difficilement en raison de son immunosuppression.
Cependant, il existe maintenant un vaccin contre la varicelle qui est
offert à tous les enfants. Il pourrait être approprié qu'un adulte fibro-kystique
qui n'a pas eu la varicelle reçoive le vaccin avant une greffe pulmonaire
ou hépatique.
En ce qui concerne les autres infections virales mentionnées dans votre
question, il faut d'abord savoir que la variole a été officiellement éradiquée
de la surface de la Terre, ce qui fait que le vaccin antivariolique n'est
plus nécessaire et n'est d'ailleurs plus offert. Quant à la rougeole,
la rubéole et les oreillons, il s'agit d'infections virales pour lesquelles
il existe un vaccin sécuritaire et efficace qui fait partie du calendrier
de vaccination des enfants au Québec. Un seul vaccin couvre ces trois
maladies; il est donné en deux doses, et les enfants reçoivent la première
lorsqu'ils ont un an.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2006, no 30, pages 38-39
Super anti-inflammatoires
(VioxX®, Celebrex®, BextraMD)
Toute la polémique entourant les super anti-inflammatoires
(Vioxx®, Celebrex®, BextraMD) m'a beaucoup
insécurisé. Pour moi, le Vioxx® est une véritable pilule miracle.
Pourquoi ce médicament fait-il l'objet d'une si grande controverse? Les
personnes atteintes de fibrose kystique devraient-elles craindre les effets
indésirables de ce médicament?
Les anti-inflammatoires en question (Vioxx®, Celebrex®,
BextraMD) entrent dans la classe des anti COX2 comparativement
aux anti-inflammatoires conventionnels qui ont un effet anti COX1
et anti COX2. Dans les faits, les anti COX2 ne sont
pas réellement des super anti-inflammatoires, en ce sens que leur effet
anti-inflammatoire n'est pas supérieur à celui des anti-inflammatoires
conventionnels (AdvilMD, Naprosyn®, Voltaren®,
Indocid®, etc.) Leur avantage réside plutôt dans le fait que
leur toxicité gastro-intestinale est moindre que celle des anti-inflammatoires
conventionnels : ils causent moins d'acidité, d'ulcères et de saignements
digestifs dans l'estomac et le duodénum.
Si le Vioxx® a été retiré, c'est que les études réalisées après
la commercialisation du produit ont permis de constater qu'il augmentait
l'incidence d'événements cardiovasculaires. Ceci s'expliquerait par le
fait que la sélectivité COX2 ferait perdre un effet bénéfique
anticoagulant pour les vaisseaux et les plaquettes. D'autre part, le BextraMD
a été aussi retiré rapidement retiré du marché, parce
qu'il entraînerait non seulement des problèmes cardiovasculaires, mais
également des problèmes cutanés. Le Celebrex® est toujours
sur le marché, mais il demeure sous haute surveillance, car il présente
un potentiel d'effets indésirables semblables à celui du Vioxx®.
Il est clair toutefois que l'incidence d'événements cardiovasculaires
indésirables est nettement plus élevée chez les gens qui présentent déjà
des facteurs de risque cardio-vasculaire (âge avancé, tabagisme, hypercholestérolémie,
hypertension artérielle), ce qui n'est pas le cas de la majorité de la
population fibro-kystique. Un patient atteint de fibrose kystique qui
aurait besoin d'un anti-inflammatoire et qui ne présente pas de facteur
de risque cardiovasculaire pourrait donc prendre du Celebrex®.
Il pourrait également prendre un anti-inflammatoire conventionnel avec
au besoin, un médicament protecteur gastrique.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2006, no 30, page 39
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